"Presque égal, presque frère" au Théâtre Nanterre-Amandiers : un spectacle désarçonnant
- Manon François

- il y a 15 minutes
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Jusqu'au 21 février 2026, Christophe Rauck propose une mise en scène troublante en réunissant deux créations de l'auteur Jonas Hassen Khemiri : Presque égal et J'appelle mes frères.
Définitivement le directeur du théâtre Nanterre-Amandiers ne cède pas à la facilité et aime les défis : ce spectacle en est la preuve. Un dyptique bi-frontal explore la subtilité de l'écriture de Jonas Hassen Khemiri et invite le spectateur à une introspection particulièrement intense. Deux œuvres distinctes qui interrogent notre rapport à l'ultra-capitalisme et à la xénophobie intériorisée. Les merveilleux comédiens qui font vivre ce spectacle s'emparent habilement des différents personnages, de leurs angoisses et de leurs aspirations - ou prétentions - et invitent le spectateur à une intense introspection.

Le talent de Christophe Rauck et la plume acerbe de Jonas Hassen Khemiri : un cocktail explosif
Dans la première partie de la pièce, se déroule sous nos yeux Presque égal, un ouvrage particulièrement complexe non pas nécessairement dans son écriture mais dans sa manière de traiter le sujet du libéralisme. Plusieurs destins /fatum/ existences s'entremêlent, tous / toutes guidés guidées par le même dessein : se faire de l'argent. Que ce soit pour sortir de sa condition sociale ou, au contraire, retrouver celle passée, chacune des figures qui s'élancent sur le plateau cherche toujours plus d'argent. Un doctorant qui recherche à tout prix une place de titulaire à l'université, une ancienne bourgeoise aujourd'hui vendeuse dans un bar-tabac rêvant de créer sa propre ferme agro-écologique, un jeune tout juste diplômé confronté à la réalité du marché du travail ou encore un SDF ; les protagonistes nous renvoient à notre propre avidité. Comment vivre correctement lorsque l'argent fait tourner le monde ? Comment ne pas tomber dans les limbes du consumérisme ? Le dramaturge propose ici une comédie qui refuse quelconque forme de cynisme. Interroger plutôt que d'accuser.
Il en est de même dans J'appelle mes frères ; un attentat a lieu dans les rues suédoises. Une voiture a explosé il y a quelques jours et Amor reçoit des dizaines de coups de fils de ses proches. L'esprit embrumé de conseils contradictoires, le personnage s'interroge sur sa propre innocence et identité. Le doute s'instigue : serait-il le coupable de cet acte monstrueux ? Doit-il faire profil bas et se fondre dans la masse, ou simplement reprendre sa vie comme si de rien n'était ? Comme tous les autres ? Christophe Rauck interroge avec intelligence la fragilisation de la liberté et la perte de repères identitaires.
Ici, le théâtre s'inscrit assurément comme un levier de la résistance et de liberté. Les comédiens exceptionnels qui composent ce spectacle (Virginie Colemyn, Servane Ducorps, David Houri, Mounir Margoum, Julie Pilod, Lahcen Razzougui, Bilal Slimani, Aymen Yagoubi et Wassim Jraidi) transforment la scène en une antique agora qui fait du bien à tous. Une création originale et déroutante !
Presque égal et J'appelle mes frères
Théâtre Nanterre-Amandiers
Jusqu'au 21 février 2026



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